
Depuis plusieurs années, Marcel Leboeuf, comédien et figure populaire au Québec depuis plus de 30 ans, fait dans différents médias la promotion de produits qui, affirme-t-il, soulagent des problèmes de santé soi-disant reliés à un surplus d'acidité. Ainsi, ces produits sont censés être efficaces pour soulager les brûlures d'estomac, le reflux gastrique, la constipation, l'arthrite, l'arthrose, les migraines, les caries dentaires, l'acné, l'eczéma et le psoriasis. Ces produits sont fabriqués et distribués par Pur Noisetier Inc., une compagnie québécoise basée à Sherbrooke. Il s'agit essentiellement de colliers et de bracelets fabriqués avec du bois de noisetier. Il suffit de porter ces articles et de les remplacer par des neufs, au besoin, pour obtenir, par un procédé teinté de magie amérindienne et de verbiage pseudo-scientifique, un soulagement renouvelable. Voilà l'essentiel de la combine.
Lorsque l'épisode du 22 février 2011 de "La Facture", une émission d'affaires publiques diffusée sur Radio-Canada, avait dénoncé l'arnaque, Leboeuf avait joué les victimes persécutées à l'émission "Tout le monde en parle" du 10 avril suivant, pourfendant l'équipe de "La Facture" et, dans une envolée quasi-épique, promettait de revenir à TLMEP en automne avec "des gens", pour présenter des preuves scientifiques spectaculaires de l'efficacité du produit. Avec un air puant de suffisance, Il prétendait "savoir des choses" dont il ne pouvait pas encore dévoiler au public. Tout ça n'était, bien sûr, que du vent. Comme le reste.
Il avait fallu attendre jusqu'au 31 décembre pour le voir revenir à TLMEP, affichant encore plus de suffisance et d'arrogance. Les "gens" qu'il avait promis se limitaient à une femme, une chimiste à la solde de Pur Noisetier. On s'est fait servir comme "preuve" des analyses de laboratoire révélant la présence de polyphénols dans les extraits de noisetier qu'elle avait analysés. Il faut comprendre ici que des polyphénols sont présents, en différentes concentrations, dans pratiquement tous les végétaux. Par exemple, le chocolat contient des polyphénols en très grandes quantités. Pas vraiment de quoi écrire à sa mère. Mais Leboeuf a présenté cette femme comme si elle tenait la découverte du siècle. La vérité, qui fut dévoilée encore une fois par l'équipe de "La Facture", c'est que la dame n'avait pas du tout travaillé sur les colliers ou les bracelets, ni n'avait tenté de prouver l'efficacité de quoi que ce soit. Son travail s'était limité à analyser des extraits de noisetier dans le but de développer de nouveaux marchés pour la compagnie.
Qui plus est, l'argument principal de la compagnie, qui se retrouve sur toutes ses pubs et sur son site web, c'est que le principe actif du bois de noisetier consiste à absorber le surplus d'acidité corporelle, soulageant ainsi les symptômes désagréables qui lui sont associés. Or, la semaine dernière, l'équipe de "La Facture" a démoli point par point toutes ces allégations, qui ne se basent sur rien de valable, ou de tangible, scientifiquement parlant. Des scientifiques de renom, dont un chimiste pharmacologue, un chirurgien d'origine autochtone et un gastro-entérologue sont venus expliquer à l'émission que non seulement ces allégations n'ont aucun fondement scientifique, mais qu'il serait extrêmement étonnant qu'on puisse prouver quoi que ce soit allant dans le sens de l'efficacité réelle de ces produits.
Seulement, la compagnie enregistre des ventes de plus de 600,000 de ces colliers et bracelets par année, engendrant un chiffre d'affaires de plusieurs millions de dollars. Comment expliquer une telle réussite, si ces produits n'étaient pas efficaces ? La réponse des scientifiques est simple: il s'agit d'un effet placebo.
Si on ne peut pas accuser Leboeuf concernant la véracité des nombreux témoignages du public en faveur de ces produits, en revanche, on peut l'accuser d'avoir prétendu détenir des preuves scientifiques de l'efficacité de ces produits alors qu'il n'en était rien. On peut l'accuser d'avoir prétendu, ou insinué, que des études scientifiques portant sur l'efficacité de ces produits avaient été réalisées, ou étaient en cours, alors qu'il n'en était rien. Et si on tient compte que ce monsieur tire un pourcentage sur les ventes, alors c'est carrément de la fraude, faite au dépens de personnes vulnérables aux prises avec des problèmes de santé, et à mon sens, non seulement on devrait le bannir du monde artistique et des médias, mais il devrait être poursuivi en justice.